Les techniques de fabrication


Avant la céramique, la terre : préparation
A Salernes, l'extraction de l'argile a toujours été d'une grande facilité, car le minerai, d'une qualité exceptionnelle, s'y trouve en très grande quantité, pratiquement en surface. Aujourd'hui, quatre carrières sont en exploitation ; les réserves d'argile sont telles qu'il y en a encore pour plusieurs siècles !

La technique de préparation des pains d'argile n'a pas changé. Certes, les délavoirs et les bassins d'évaporation d'antan ont fait place aux déliteurs et aux filtres presse. Mais que ce soit dans l'usine spécialisée du GIE ou dans des ateliers autonomes plus modestes, les extrudeuses modernes produisent en quantité une matière première dégazée d'une grande finesse.

La forme : façonnage
Les "pains" d'argile sont livrés et/ou produits chaque jour selon la demande. Le travail peut commencer. Dans les ateliers la magie va s'opérer...
Chaque artisan met son savoir, sa passion, son opiniâtreté, sa recherche personnelle au service de cette terre pour obtenir un produit fini différent.
Que celui-ci soit estampé, moulé au plâtre ou dans un cadre, qu'il soit découpé au gabarit ou à l'emporte-pièce, mécanisé ou non, c'est la main du façonneur, la dextérité de l'opérateur qui détermine le résultat final.
Souvent peaufinés au doigt, et aplanis par appui sur un marbre, les carreaux sont ensuite disposés en piles ou sur claies pour être séchés.

La matière : séchage et cuisson
Le séchage, naturel ou accéléré par ventilation et/ou chauffage, permet l'évacuation de la quasi totalité de l'eau de façonnage. Il est d'autant plus délicat et long que les dimensions sont importantes et les formes complexes.

La cuisson est une étape décisive dans le processus de fabrication. Elle détermine bien sûr les propriétés mécaniques du produit, mais aussi pour les terres cuites non émaillées, ses qualités esthétiques. Selon la température et l'atmosphère de cuisson, la couleur varie du rouge brique intense aux ocres rouges ou jaunes, ou vers des teintes plus rosées, voire crème.

Pour les cuissons avec réduction (combustion avec manque d'air, modifiant la couleur de la terre), la disposition des carreaux dans le four détermine les variations de teinte : flammée quand la cuisson se fait à chant, bordée pour une cuisson en piles.
Pour les deux entreprises qui cuisent encore au bois, c'est la combustion longue du mélèze qui donnera le «flammage», mélange aléatoire de ces nuances de couleur.

La couleur : émaillage et décoration
L'émaillage consiste à déposer sur le carreau de terre cuite, appelé "biscuit", une ou plusieurs couches de verres colorés finement broyés. La cuisson transforme ce verre en émail par la magie de la fusion. L'émail est tout d'abord mis en suspension aqueuse, puis déposé sur les carreaux. Le biscuit absorbe l'eau, et l'émail se dépose en surface du carreau ; selon le rendu recherché, l'émaillage est réalisé par pulvérisation, manuelle (à l'aide d'un pistolet) ou partiellement mécanisée, à la cloche, à la louche ou par trempage. La température de cuisson, entre 950 et 1000 °, permet une infinité de couleurs et d'aspects.

La décoration est réalisée la plupart du temps au pinceau, sur émail cru (grand feu), en utilisant des oxydes métalliques purs ou mélangés à un verre, les "couleurs à peindre". Le décor et l'émail sont alors cuits en une seule cuisson.
Mais selon les décors à réaliser, des techniques complémentaires peuvent être utilisées : décor au pochoir, sérigraphie manuelle, insertions, gravure en cru, etc.
Il est parfois nécessaire de réaliser plusieurs cuissons successives, à différentes températures, pour obtenir le résultat souhaité.

La lave, diversité de formes et d'aspect
Produit volcanique issu du magma, la lave se trouve à l'état de roche naturelle. Extraite et débitée en tranche dans les carrières, elle sera ensuite découpée, façonnée et émaillée selon les désirs du client. La lave possède la particularité de pouvoir être cuite sans perdre ses propriétés mécaniques, offrant toutes les possibilités de formats et de découpes techniques ou artistiques que l'on trouve habituellement dans le marbre, le basalte ou le granit.
La lave est également un matériau qui ne gèle pas, ce qui permet la réalisation de surface pour des éléments d'extérieur, soumis à des contraintes climatiques extrêmes.
Dépourvu de joint, le plan de lave émaillée est idéal à proximité des points d'eau ou de cuisson. Les différents perçages, usinages des bords, décaissés et rainurages, ou tout autre façonnage sont alors réalisés pour la finition.

Selon l'aspect final souhaité, le céramiste réalise sur chaque plaque de lave tout ou partie des opérations suivantes : ponçage, rebouchage de la porosité naturelle de la lave au moyen d'enduit, ponçage à plat ou en creux. La lave est alors généralement cuite une première fois afin de stabiliser l'enduit.
C'est alors que l'émailleur intervient. Les différents émaux sont déposés en couches successives. Là aussi, selon la couleur et l'effet recherché, on obtiendra soit un émail seul soit un émail de sous couche, blanc, puis un émail de couleur en transparence.

Le volume : poteries et accessoires
En complément de la production de produits plats que nous venons de décrire, les céramistes produisent des pièces en volume : vaisselle, vasques, tians, porte-savons, balustres, mobilier, etc.
Seules changent alors les techniques de façonnage : tournage, calibrage, estampage en bosse ou en creux, coulage d'une barbotine dans un moule en plâtre (il faut alors utiliser d'autres terres que celle de Salernes, inapte à cette technique), tous ces procédés sont mis en oeuvre pour obtenir la forme souhaitée.

Après séchage et cuisson, les mêmes techniques d'émaillage et de décoration donnent à ces produits leur caractère, pour une existence autonome ou en complément des autres productions que l'on trouve à Salernes.

Réalisation Studio Magellan