Histoire séculaire de la céramique


Salernes, dans le haut-pays varois, est accrochée à la colline. Le village surplombe la vallée de la Bresque, avec, au coeur de son histoire, une tradition, celle du travail de l'argile.

A l'origine, une matière première : la terre
Cette terre, indispensable et irremplaçable, est la base même de la fabrication et de la création de la céramique à Salernes.
On la trouve en grande quantité tout autour du site, tapissant les nombreux ruisseaux qui alimentent les collines environnantes, couvertes de différentes essences de chênes et de pins maritimes.
Si l'on ajoute le feu à cette terre et à l'eau, on réunit les trois composants d'une formule magique qu'utilisaient déjà il y a 4 000 ans les populations locales en façonnant vases et vaisselle pour leur usage courant.

L'activité de fabrication de céramiques constitue ainsi depuis plusieurs siècles le moteur économique du village.

Faisant suite à une activité fructueuse dans la faïence, la reconversion s'effectue après la Révolution dans la fabrication de matériaux nécessaires aux besoins locaux de construction : tuiles, briques, tuyaux et surtout, malons pour protéger sols, murs et toitures.
L'habitat méditerranéen ayant la particularité de n'avoir aucune rigueur dans l'équerrage, les Salernois choisissent de fabriquer un modèle hexagonal permettant une pose facile non rectiligne.
Celui-ci est léger et résistant car les planchers "caisses" des étages sont alors composés de canisses et de chaux ne pouvant supporter beaucoup de poids.
Les caractéristiques très ferrugineuses de l'argile salernoise permettent, quand elle est chauffée à haute température, la création de ce "mallon" très dur : la tomette rouge...
Considérée comme le plus économique des carrelages, supportant le lavage à grande eau et le cirage, la tomette donne un sol chaud en hiver et froid en été.

La fabrication de ce mono-produit prend une ampleur considérable dès le milieu du 19ème siècle. Plus qu'une simple activité artisanale, la céramique devient très tôt une activité commerciale, fer de lance de l'économie du pays. Pour répondre à la demande extérieure, toujours plus importante, les petits ateliers implantés ça et là à Salernes s'agrandissent peu à peu et de nouvelles fabriques voient le jour.

Du 19ème siècle aux années 1950
Avec l'expansion, au 19ème siècle, des constructions sur le littoral, les commandes de tomettes abondent. Les fabriques de Salernes alimentent les magasins des négociants de Toulon, de Marseille et de Nice. Les produits sont exportés : Afrique du Nord, Afrique du Sud, Italie, Amérique, ils transitent par les ports de Toulon et Marseille.
L'industrie de la tomette connaît de grandes périodes de gloire tout au long de ce siècle. Malgré les crises économiques, les guerres, la concurrence des produits étrangers, l'activité céramique se maintient jusque dans les années 1950. Dans l'après seconde guerre mondiale, la tomette est très utilisée pour la reconstruction des maisons, à Nice, Toulon...

Vers la modernité
En oubliant la guerre, on oublie un peu aussi la tomette, jugée "vieillotte" par un consommateur dont les goûts ont changé et qui a désormais envie d'autre chose.
Les céramistes s'adaptent aux nouvelles demandes: ils lancent les carreaux de terre cuite, aux formes variées et aux dimensions plus adaptées à l'habitat contemporain.

Dès 1970, l'activité de Salernes prend un nouvel essor, avec notamment, le chantier de Port Grimaud, dont les logements auront des sols carrelés de...tomettes et des murs recouverts de carreaux 10 x 10 ! Les producteurs vont livrer chaque mois 3 000 m2 de carreaux de terre cuite et 1 500 m2 de carreaux émaillés.
Certains producteurs modernisent alors leur système de production et répondent à la compétitivité d'un marché en grande expansion.

Le carrelage de Salernes détient à nouveau la vedette. Le carreau en terre cuite brute est toujours d'une grande actualité mais n'est plus le seul. Les céramistes introduisent l'émail (un procédé qui ouvre à l'infini la palette des couleurs), le décor ainsi que les supports en lave émaillée. Le carreau devient un élément esthétique et non plus un simple revêtement de protection.
Aujourd'hui, les producteurs salernois de carrelages et poteries proposent aux consommateurs des produits de très grande qualité, résultat d'un processus de fabrication resté la plupart du temps artisanal. Ces carrelages, par leurs formes, leurs gammes de couleurs, de décors, de matières, permettent d'offrir à nos espaces de vie actuels les tendances les plus modernes, les plus design et de les aménager dans un pur esprit de décoration.

Réalisation Studio Magellan